Consultation de l'article mis en ligne le 11 septembre 2026

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« Je n’accepte pas qu’une caution scientifique soit donnée à un tel document » : à Arzon, à peine adoptées les cartes du trait de côte sont déjà contestées


En découvrant les nouvelles cartes du trait de côte, cet habitant d’Arzon n’en est pas revenu. Bernard Roussel conteste leur sévérité alors qu’une vague de recours arrive en mairie.

À l’entrée du port du Crouesty, Bernard Roussel ne comprend pas pourquoi la zone a été classée à forte érosion alors qu’au contraire le sable s’y accumule depuis des années.
À l’entrée du port du Crouesty, Bernard Roussel ne comprend pas pourquoi la zone a été classée à forte érosion alors qu’au contraire le sable s’y accumule depuis des années. (Le Télégramme/Catherine Lozac’h)

« Ce n’est pas possible ». Bernard Roussel n’est pas directement concerné par les conséquences qui découleront des nouvelles « cartes du recul du trait de côte ». Mais la question l’intéresse. Beaucoup. Notamment parce qu’il est un ancien expert du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Alors, dès que la cartographie concernant sa commune, Arzon, a été publique, il l’a examinée à la loupe. « En 2022, il a été constaté qu’en 70 ans, seuls 3 % du trait de côte d’Arzon avaient été touchés par un recul. Là, toute la côte est concernée », constate-t-il, devant les 21 cartes à l’échelle de la parcelle.

Il pointe des incohérences

 

Pour lui, cette prospective n’est pas justifiée. « L’érosion dépend de la nature du sol, de la roche. En 70 ans, le trait de côte n’a pas bougé à la pointe de Port-Navalo. Et là, elle reculerait de 12 mètres, uniformément, quelle que soit la hauteur de la falaise ? » Il pointe également le secteur du Monteno où, comparé avec des cartes du XVIIIe siècle, le trait de côte est d’une grande stabilité. Pire, il y a selon lui une incohérence dans la carte de l’entrée du port du Crouesty. « Comment peuvent-ils estimer que la plage du Kercouedo près du môle va reculer comme s’il s’agissait d’un site dunaire, alors que c’est un point où le sable envahit depuis des décennies d’anciens champs cultivés et qu’on essaie de bloquer son avancée ? »

Plus pessimiste qu’ailleurs ?

L’ancien expert a donc cherché comment le bureau d’études mandaté par l’Agglo en est arrivé à ces conclusions. « Je n’accepte pas qu’une caution scientifique soit donnée à un tel document dont la méthodologie et les paramètres retenus ne sont même pas rendus publics », regrette celui qui se perçoit comme un lanceur d’alerte. Dans le Scot (*), qui prend aussi en compte ces cartes, l’hypothèse de départ est énoncée : une élévation de la mer de 32 cm à 30 ans et de 133 cm à 100 ans. Bernard Roussel est allé voir sur quelles bases se font les prospectives dans d’autres secteurs. « À Bréhat, l’hypothèse est d’une élévation de 20 cm à 30 ans et 60 cm à 100 ans. À Erquy, où les côtes rocheuses sont similaires aux nôtres, un recul forfaitaire de 6,5 m à 30 ans et de 10 m à 100 ans a été retenu au nom du principe de précaution. Valeurs que je trouve déjà bien excessives ! » Mais très loin des 12 mètres projetés à 30 ans à la pointe de Port-Navalo et des 30 mètres de la pointe du Monteno. « Mais à Bréhat, l’étude a coûté plus de 50 000 € contre 2 000 € pour Arzon », souligne-t-il, en taclant les « économies d’échelle » de l’Agglo.

Des recours déposés

Alors le retraité a communiqué ses réserves. « J’ai écrit à l’Agglo, à l’État ». Il a aussi rencontré le maire d’Arzon. Ces cartes devant être prises en compte dans le plan local d’urbanisme en cours de révision, une vingtaine de riverains concernés, convaincus par ses arguments, ont fait un recours gracieux auprès du maire. Reçus lundi 7 septembre, ils demandent l’annulation de la délibération du conseil municipal du 29 juin prenant acte de la cartographie et la reprise, zone par zone, de l’établissement de ces cartes.


(*) Schéma de cohérence territoriale.

 

Mis en ligne le 11 septembre 2026 par Le Menhir

Origine : Le Télégramme


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